Le troisième tour des présidentielles

Les résultats du premier tour de l’élection présidentielle laissent les électrices et électeurs sur leur faim, considérant que le « choix » du second tour n’en est pas un.

Il semble d’ores et déjà acquis que quel que soit le gagnant, dimanche 24 avril, une réforme de la Constitution sera rapidement entreprise et qu’elle comprendra, entre autres, une réforme du mode de scrutin.

Les journalistes nous parlent d’instaurer le système de vote proportionnel, partiel ou total. C’est éventuellement une solution. Elle avait été mise en œuvre par François Mitterrand pour les élections législatives de 1986 et n’avait pas atténué la « vague bleue » mettant fin à cinq années de majorité socialiste. La nouvelle majorité nouvellement élue avait à son tour décidé de revenir au système actuel uninominal à deux tours.

le vote uninominal
Le système uninominal est l'actuel système en vigueur, celui pour lequel on vote pour un candidat, sur une circonscription donnée.

L'élu est celui qui obtient une majorité absolue (50% plus une voix au moins) au premier tour, ou une majorité relative au second tour : le candidat arrivé en tête parmi tous les candidats.

Dans les années 80, le système semi proportionnel avait aussi été adopté pour les scrutins régionaux et municipaux, permettant presque toujours aux oppositions d’être représentées dans les institutions. Il reste toujours en vigueur et même s’il n’est pas parfait - aucun système ne l’est – il donne à l’opposition à la fois une représentativité démocratique et des moyens pour travailler et communiquer.

le vote proportionnel
Le système de vote proportionnel total s'appelle proportionnelle intégrale.
Il signifie que les formations politiques présentent des listes de candidats. Les sièges sont attribués proportionnellement aux pourcentages de voix obtenus par les listes. Il peut être appliqué département par département ou bien à partir de listes présentées au plan national.

Ce système ne nécessite qu'un seul tour. Par exemple, puisqu'il y a 577 députés à élire, la liste nationale qui obtiendrait 38% des voix aurait 220 députés ; celle obtenant 10% aurait 57 députés, etc...
le vote semi proportionel
Le système semi-proportionnel est celui appliqué aux élections régionales et aux élections municipales.
Il donne un avantage en nombre de sièges à la liste arrivée en tête. Celle-ci obtient d'office la moitié des sièges, ce qui lui permet de disposer d'une majorité pour mettre en œuvre ses choix politiques.
L'autre moitié des sièges est répartie à la proportionnelle entre toutes les listes, la liste arrivée en tête se voit ainsi obtenir encore des sièges pour conforter sa majorité ; une liste ayant fait 51% des voix dispose donc de 75% des sièges.

Mais revenons à la présidentielle. Compte tenu de la « frustration » ressentie par nombre d’électeurs, ce que l’on appelle déjà le « troisième tour » sera déterminant ; il s’agit des élections législatives du mois de juin. Pour bon nombre d’analystes constitutionnels, ce scrutin ne sera pas à l’image de ceux qui avaient suivi les présidentielles de 2007, 2012 ou 2017. Les français ne se contenteront pas d’élire une majorité de députés dont le nouveau président ou la nouvelle présidente aura besoin, ils chercheront certainement à ce que l’Assemblée nationale soit davantage le reflet du premier tour de la présidentielle et qu’elle accueille des élus représentant toute la diversité politique française.

Ils voudront, par leur vote, que le pluralisme démocratique s’exprime davantage.

Si le système uninominal majoritaire actuel ne le permet que très peu, d’autres systèmes électoraux en revanche, déjà en vigueur dans plusieurs pays, pondèrent réellement les effets majoritaires. Deux sont particulièrement intéressants : le vote à second tour instantané appelé aussi vote alternatif, et le vote préférentiel.

Le vote alternatif est un système électoral par classement utilisé pour choisir un gagnant. Il est utilisé en Australie, aux Iles Fidji, en Irlande, en Inde ou encore au Sri Lanka.

Dans ce système de vote à second tour instantané, les électeurs classent tout ou partie des candidats par ordre de préférence. Si aucun candidat n’obtient la majorité absolue dès le premier tour, ce qui est le cas dans plus des trois quarts des circonscriptions, le candidat arrivé en dernier est éliminé, et les secondes préférences de ses électeurs sont réparties entre les autres candidats. L'opération est répétée jusqu'à ce qu'un candidat obtienne de manière cumulée la majorité absolue. Ce système électoral permet ainsi l'élection d'un candidat en simulant plusieurs tours de scrutins tout en ne requérant qu'un seul passage des électeurs aux urnes.

Le vote préférentiel a quant à lui déjà été pratiqué en France (loi du 5 octobre 1946). Il permettait aux électeurs de modifier l'ordre d'inscription des candidats sur les listes en inscrivant un numéro d'ordre en face du nom d'un, de plusieurs ou de tous les candidats de la liste selon la formule du vote préférentiel.

Il existe un système de vote préférentiel qui permet aux électeurs de choisir une liste mais aussi un ou plusieurs candidats dans 19 États membres de l'Union sur 28, dont l'Italie, les Pays-Bas ou la Belgique.

Précieuse, caractéristique des pays libres et instaurée en France depuis longtemps, la démocratie pourrait nous sembler aller de soi, et pour toujours. Or, comme tous les systèmes, elle est fragile et pourrait disparaître si nous n’en prenons pas soin. C’est à nous de l’entretenir. C’est pourquoi il est indispensable de voter à chaque fois qu’on nous le propose.

Bien sûr, ses détracteurs répètent à l’envi qu’aucun système de vote n’est parfait, alors travaillons tous ensemble pour faire adopter celui qui nous semblera le meilleur.

A l’Assemblée nationale, si vous m’apportez vos suffrages, je soutiendrai l’adoption d’un mode de scrutin proportionnel combiné à un système de vote alternatif.

Mon choix se porte en faveur d'un vote à la fois proportionnel et alternatif.

J'opte pour un système mixte car la combinaison des deux présente à mes yeux les avantages suivants :

La proportionnelle, appliquée sur une partie des sièges de l'Assemblée, pourrait permettre d'élire des spécialistes des lois. A défaut de disposer de ces techniciens spécialistes, les projets de lois proposés par les technocrates des ministères ne sont pas suffisamment approfondis, décortiqués, discutés ou amendés. Ces élus ne passeraient pas leur temps à faire ce que l'on appelle du "clientélisme" de terrain. Ils le consacreraient davantage à l'élaboration de propositions de lois.

Pour compléter et équilibrer ce système proportionnel partiel, je propose qu'une autre partie des sièges soit attribuée aux élus par suffrage préférentiel, dans des circonscriptions territoriales, pour qu'il y ait aussi des députés choisis individuellement par les électeurs, ayant une accroche territoriale forte car il est important que l'Assemblée reste "connectée" au quotidien des français.

J'ai la conviction que des élections législatives auront lieu dès que la Constitution aura été modifiée dans ce sens.

Le Parlement doit redevenir le PREMIER lieu de la représentation nationale et de la démocratie française et cesser de n’être qu’une chambre d’enregistrement de la volonté du Gouvernement.

Scroll to Top