RÉPONSES DE JACQUES ROCCA AU QUESTIONNAIRE DE L’UNION FRANÇAISE CONTRE LES NUISANCES DES AÉRONEFS
Avez-vous connaissance de l’ampleur de l’impact négatif du trafic aérien sur le climat et la santé ?

Le transport aérien est une industrie. Comme la majeure partie des activités industrielles elle peut générer des pollutions ou des risques pour la santé, c’est pour cette raison qu’elle fait déjà l’objet de nombreuses lois et de règlements, à l’échelon national, européen et mondial, pour l’encadrer strictement.


Concernant le climat, les émissions de CO2 générées par les avions sont 5 fois plus faibles que celles générées par l’élevage et trois fois plus faibles que celles venant de l’usage intensif d’internet et des technologies digitales. L’avion n’est donc pas la cible numéro UNE dans la course à la réduction des émissions même si bien sûr cette industrie peut et doit aussi s’améliorer très vite.


Je ne suis pas favorable à l’interdiction du trafic aérien, mais je suis certain qu’il faut accélérer la transformation de cette industrie pour atteindre l’objectif international que s’est fixée l’OACI en matière d’arrêt des émissions de CO2.


La question relative au bruit est tout autre. Un simple objet traversant l’air est source de bruit, il faut donc être conscient que même si les avions arrivent à être propulsés à l’énergie électrique, ils feront encore un peu de bruit. Comme j’ai eu l’occasion de l’indiquer lors de ma rencontre avec les associations toulousaines qui militent en ce sens, il y a des solutions à mettre en œuvre pour modifier parfois l’usage des pistes, les trajectoires ou les zones de « touché des roues » rapidement pour réduire l’impact sonore des avions sur les habitations situées dans la Zone d’Exposition au Bruit.

Êtes-vous pour ou contre tout projet d’infrastructure qui permettrait la croissance du trafic passagers ou fret sur les aérodromes français ?

La question est posée comme un choix « fermé » qui se résume à être POUR ou CONTRE. Il faut pourtant la considérer d’un autre point de vue.

L’activité économique nécessite du transport, c’est la raison de son développement, d’autant plus que le transport par rail s’est terriblement dégradé en France depuis 20 ans, le ferroutage ne s’est jamais développé et c’est par la route avec des poids lourds très polluants que les marchandises transitent.

Je suis très favorable au ferroutage et il est urgent de le développer pour absorber une grosse partie du fret. C’est donc dans son ensemble qu’il faut considérer le transport de marchandises ou de passagers. Toulouse en est un parfait exemple quand on voit le temps qu’il faut aux élus, à la SNCF et à l’Etat pour lancer la réalisation de la liaison à grande vitesse entre Paris et Toulouse, or il est clair qu’elle captera une bonne partie du trafic aérien qui passe par Blagnac. Mon engagement personnel est de limiter au MAXIMUM mes achats en ligne qui tuent le commerce local et génèrent du fret individuel inutile et polluant. (4 achats en ligne ces 3 dernières années). Le développement de ces achats est inquiétant et très générateur de fret inutile.

Êtes-vous favorable à la mise en place d’un plafonnement des rotations et des volumes sonores ainsi qu’à l’instauration de couvre-feux sur tous les aérodromes et héliports français ?

Concernant le volume sonore, il est impératif de commencer par rappeler que les technologies ont permis de faire baisser de plus de 35% le bruit des avions ces 30 dernières années et il les industriels continuent dans ce sens en investissant des centaines de millions grâce aux compétences des bureaux d’études spécialisés, en particulier à Toulouse.


Là aussi, c’est d’abord au bon sens qu’il faut faire appel. Deux A330 font plus de bruit qu’un seul A380 qui transporte autant de passagers, on peut donc, dans certains cas, privilégier des avions plus récents et plus gros, mais moins nombreux, pour assurer le même volume de trafic.


Je suis clairement défavorable à l’extension des créneaux de trafic la nuit sur les aéroports. Dans plusieurs cas, le trafic fret pourrait même être déplacé et c’était une des solutions à Roissy avec le déplacement du fret vers l’ancien terrain militaire de Vatry. Il faut introduire par la loi un dispositif vertueux pour les aéroports qui éviteront ces extensions de trafic nocturne plutôt que les laisser développer cette activité simplement pour améliorer leur rentabilité. Un aéroport doit conserver une dimension « service public » comme une gare, ce qui n’est plus assez le cas aujourd’hui.

Êtes-vous prêt-e à soutenir la demande d’un moratoire sur l’augmentation constante des nuisances aériennes (lancée par l’UFCNA et des élus), demande déclarée recevable en avril 2022 par la Commission Européenne ?

Les nuisances aériennes font en quelques sortes déjà l’objet d’un « moratoire » puisque les industriels travaillent constamment à la réduction des émissions de Nox ou CO2 et du bruit de leurs machines, et les résultats obtenus depuis 30 ans sont très significatifs même s’ils sont encore insuffisants.

Il est surtout impératif de demander aux élus locaux d’arrêter de délivrer des permis de construire de logements autour des aéroports comme cela a été fait à la Cartoucherie à Toulouse, ce qui a multiplié par deux le nombre d’habitants exposés au bruit. Bâtissent-ils prés de sites SEVESO ?

Le développement des drones de livraison et des avions urbains est un nouveau danger pour les populations survolées ; êtes-vous prêt-e à les interdire ?

Les drones de livraison doivent naturellement faire l’objet d’une règlementation très stricte et elle est déjà à l’étude. Ils peuvent permettre, dans le domaine de la santé, le transfert d’organes ou de médicaments d’un hôpital à un autre, donc ils peuvent sauver des vies.

Je suis défavorable à leur interdiction pure et simple. Le train était aussi considéré comme un danger lors de son arrivée dans les villes au 19e siècle. Certaines regrettent aujourd’hui de ne pas avoir de gare...

Des couvre-feux existent à Beauvais, Strasbourg, Bâle-Mulhouse, Orly, Nantes, Francfort. Êtes- vous favorable à la suppression des vols de nuit pour Toulouse-Blagnac comme à l'aéroport d'Orly, entre 23 heures 30 et 6 heures ?

Je suis favorable à ce que l’aéroport n’ouvre pas de nouveaux créneaux de décollage ou d’atterrissage sur cette tranche horaire et que les éventuels vols actuels planifiés dans ce créneau soient décalés. Ce n’est pas un couvre-feu au sens où l’aéroport doit pouvoir, en cas d’urgence sanitaire par exemple, laisser un appareil décoller ou atterrir.


L’arrivée de la liaison ferroviaire terrestre à grande vitesse entre Paris et Toulouse fera décroitre le trafic aérien vers Paris, sous réserve que la SNCF pratique des tarifs concurrentiels. Cette nouvelle gestion des flux libèrera des créneaux pour que l’aéroport optimise son trafic diurne plutôt que nocturne.

Le conseil d’État a déclaré en avril 2022 que la direction générale de l’aviation civile (DGAC) n’était pas une autorité indépendante en matière de gestion du bruit ; quel organisme proposez- vous à la place ?

La décision du Conseil d’Etat a constaté la maladresse de la DGAC qui avait fait appel à un organisme qui lui était rattaché. Sur le plan de droit, cet organisme n’était donc pas considéré comme indépendant même s’il avait les compétences techniques pour effectuer ces travaux.


Il appartient désormais au Préfet de la Haute-Garonne de réunir les parties concernées et faire des propositions, de même que CCNAAT peut en faire. Ce serait probablement à l’ACNUSA d’être associé à ces travaux.

Êtes-vous prêt à organiser une rencontre de travail entre Airbus et les associations de riverains toulousaines pour permettre de rétablir la confiance entre le constructeur et les populations survolées ?

Comme j’ai eu l’occasion de le mentionner lors de notre entrevue du 14 avril dernier, je suis prêt à solliciter Airbus pour organiser cette rencontre car ce n’est qu’ ENSEMBLE que l’on peut trouver des solutions.


Je tiens à souligner cependant que le trafic de l’aéroport dépend de la direction de l’aéroport et que celui d’Airbus ne représente que de l’ordre de 10% de ce volume, ce n’est donc évidemment pas chez AIRBUS que vous pourrez définir comment agir sur le trafic aéroportuaire de Blagnac. Airbus n’est que constructeur et non l’exploitant de la plateforme.

La révision du Plan d’Exposition au Bruit est une nécessité car ce plan est obsolète (2007), êtes- vous prêt à défendre désormais le droit du sol et des populations survolées plutôt que le droit du ciel et du tout avion ? et si oui, comment ?

Ma notion du « vivre ensemble » à laquelle je suis très attaché, ne peut se concevoir dans la formulation de cette question qui met en opposition l’industrie aéronautique et les habitants de Toulouse.


La croissance de la ville de Toulouse et de sa périphérie, grâce notamment au développement du leader mondial de l’aviation qu’est AIRBUS, a pour effet paradoxal de densifier l’habitat de la ville. Le plan d’exposition au bruit doit probablement être revu dans ce sens et les moyens d’insonorisation de l’habitat ou d’équipements publics doivent être accrus si nécessaire.

Les sommes collectées par la TNSA sont trop faibles pour aider à insonoriser les logements et les établissements recevant du public. Êtes-vous prêt-e à exiger l’élaboration d’un calendrier sur 5 ans ?

La fixation d’un tel calendrier nécessite d’avoir une vue précise du montant des besoins d’une part et du montant des ressources d’autre part ; je n’ai pas connaissance de ces éléments pour vous répondre sur ces 5 ans demandés.

 

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